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"Une partie du tout" de Steve Toltz

10 septembre 2013 J'aime le livre
Au commencement il y eut l’Australie, continent méconnu hanté de songes aborigènes, de bestioles sautillantes et d’illusions perdues. Puis, au milieu il y eut Steve Toltz, qui à la force de sa plume vigoureuse faite de flamme et de philosophie sans comptoir redonna ses lettres de noblesse à ce pays bien trop vaste pour que les idées fassent écho. Steve Toltz, patronyme de show man, chevelure d’hidalgo et style qui a reçu en dot les bons chromosomes : ceux de Mailer, Fante, Palahniuk et toute la bande d’alcooliques célestes de l’épopée littéraire.
steve-toltz2Avec « Une partie du tout », roman initiatique et ardent, façon Peer Gynt sans les fjords, Steve Toltz nous prouve et nous éprouve. Oui, la littérature peut être autre chose qu’un déversoir libidineux pour auteurs se frottant la panse contre les paillassons d’éditeurs acquis aux mérites du canada dry. Oui, la littérature est encore ce grand moment libérateur et exalté, ce retour de flamme humaniste qui ne croit en aucun dieu mais nous fait aimer la vie et l’aimer même si. Avec cette histoire de filiation rocambolesque intellectualisée avec le juste brio, Monsieur Toltz remet au gout du jour la tradition de la saga familiale et tient sa promesse faite à l’aube ou mieux encore à l’Est d’Eden.

Jasper Dean - le narrateur de ce western philosophique – est l’avorton non désiré de Martin Dean, lui-même avorton d’un père sans lendemains puis d’un beau-père bâtisseur de prison et demi-frère de Terry Dean gangster sur-médiatisé du bush australien. C’est sur cette terre sacrée et profane – au cœur même de ce labyrinthe insondable – que va se tisser cette histoire d’hommes. Des hommes pas comme il faut, des imposteurs, des misanthropes, des amoureux sans baisers, des solitaires malades du monde. Une dynastie masculine aussi ébréchée que picaresque qui lit son Nietzsche dès le biberon, braque les banques, émascule les tricheurs et aime les femmes de Paris se jetant telles des pythies sur des péniches en feu.

« Une partie du tout », c’est le Wild Wild West, c’est un plan séquence de Leone, un cri, un souffle, c’est l’amour qui ne s’ose pas entre un père et son fils et la noirceur aventureuse du désespoir. Une partie du tout c’est aussi et encore un fleuve sans pirogues, un voyage qui transcende la littérature pour s’adresser à la lune, à la grande ourse, aux mondes parallèles autant qu’à nos vaines et misérables peurs de la solitude et de la mort.

Alors, ne pensez plus à votre phlébite, ni aux 22 heures de vol jusqu’à Sydney car l’Australie vaut le détour avec ou sans mollets valides, ne serait-ce que pour y croiser Jasper Dean, fils du dernier philosophe mort en mer. Vésuve en fusion, ce premier roman hors normes se dévore, s’engloutit, irrite l’épiderme et finit par nous faire rendre les larmes. En creux s’impose au lecteur, à l’issue de cette lecture affamée, l’envie irrépressible de pouvoir enfin vivre sa vie. Et la lumière fut…

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