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Interview : Nicolas Bouzou économiste et pédagogue il nage à contre-courant de la crise financière

27 mars 2013 J'aime le livre
Nicolas Bouzou est économiste, éditorialiste, écrivain, directeur d'étude, membre du conseil d'analyse de la société auprès du Premier Ministre et également fondateur et gérant du cabinet d'étude économique Asterès. Derrière toutes ces fonctions d'expert en économie, nous avons voulu connaître un peu plus l'auteur. Il nous livre ses idées et son rapport aux livres.

nbouzouLe titre de votre livre est " On entend l'arbre tomber mais pas la forêt pousser". Alors que les médias et experts sont très négatifs sur notre économie, il semble que vous soyez à contre-courant de la pensée courante. Il y a donc encore un espoir ?

Regardons l’évolution du monde depuis 1980. En 30 ans, la part des personnes vivant dans une situation d’extrême pauvreté est passée de 50% à 30%, la part des enfants mal nourris également. La mortalité infantile a baissé de 80/1000 à 50/1000. La part des pays où la liberté politique est absolue est montée de 30% à 45%... Tous ces miracles ont été rendus possibles par la croissance économique. D’ailleurs, le monde a  plutôt le moral. Allez en Chine, en Inde ou au Brésil. Même l’Afrique sub-saharienne a posé le pied sur le premier échelon du développement. Je pense à un pays comme le Ghana, où le revenu par habitant a été multiplié par 7 en 30 ans. En outre, la croissance va s’accélérer car nous sommes au début d’une fantastique vague d’innovations, comparable à celle de la Renaissance ou de la fin du 18ème siècle, avec l’émergence des nanotechnologies, de la génétique, de la biologie moléculaire, des énergies renouvelables, de l’intelligence artificielle… Le problème de ce vieux pays qu’est la France, c’est que nous nous focalisons sur l’arbre qui tombe, et non pas sur la forêt qui pousse. Cette peur de l’avenir, car c’est de cela qu’il s’agit, nous amène à faire de grosses bêtises, ce qui explique le manque de compétitivité, le chômage... Toute notre politique économique est basée sur la protection de l’existant, là où il faudrait libérer l’avenir.

D'où vous est venue l'idée du titre très poétique de votre livre ?
C’est un proverbe touareg également très connu en Chine. Les économistes parlent de l’innovation comme d’un processus de « destruction-créatrice ». La croissance est basée sur l’innovation. Mais l’innovation, c’est le remplacement d’une économie par une autre. Il faut accepter une dose de destruction des structures existantes, qu’il s’agisse des entreprises, des organisations publiques et même des idéologies. Pour que cette destruction soit acceptable socialement, le corps social doit croire dans la promesse de la croissance et du progrès. L’opinion publique doit tourner les yeux vers la forêt, plutôt que vers l’arbre qui tombe. Les politiques suivront.

Les livres économiques sont nombreux et souvent considérés comme techniques. Que diriez-vous à un lecteur néophyte ?
Que mon livre n’est pas seulement un livre d’économie. J’aime beaucoup Marx, à qui je consacre un chapitre, car Marx a bien montré que l’économie est la base de tout. C’est l’économie qui détermine la politique, le droit, l’art et les idéologies. S’intéresser à l’économie, c’est donc s’intéresser à tout cela. C’est pourquoi je consacre de longs passages à la révolution française, à l’art de la Renaissance ou à la pensée transhumaniste. Il s’agit de comprendre l’évolution du monde dans son ensemble, et pas seulement les aspects économiques au sens strict.

Vous êtes économiste, chroniqueur, dirigeant de la société Astères, et membre du Conseil d'analyse de la société placé auprès du Premier Ministre. Qu'est-ce que votre activité d'écrivain vous apporte par rapport à toutes ces autres fonctions ?
Elle est à la base de tout, absolument nécessaire. Je jongle avec mes interventions quotidiennes sur Canal Plus, des conférences en Europe et mon activité de dirigeant de société. C’est pourquoi je consacre la totalité de l’été à écrire mes livres. Cela m’oblige à approfondir ma pensée et à la structurer. Les déplacements en train et en avion au cours de l’année sont eux consacrés à la lecture.

Itw « Profession : écrivain »

Où et quand préférez-vous écrire ?
J’écris pendant les vacances d’été, entre quatre et cinq heures par jour. En juillet et août, je voyage en famille. La moitié de la journée est consacrée à la visite de l’endroit où nous nous trouvons, et l’autre moitié au travail d’écriture. On entend l’arbre tomber et pas la forêt pousser a été rédigé à Florence, Gênes et Milan, à Saint-Raphaël où résident mes parents et dans les Vosges, où sont mes beaux-parents.

À quoi ressemble votre bibliothèque ?
J’ai beaucoup de livres chez moi. La bibliothèque est pleine depuis bien longtemps, et on trouve du coup des livres un peu partout. Quelques uns trainent même par terre dans le salon. La bibliothèque est elle-même scindée en trois grandes parties : beaucoup de livres d’art, des romans de livre de poche, et des essais, essentiellement philosophiques et historiques. Il y a en réalité très peu de livres d’économie chez moi.

Quelle est la première personne à qui vous faites lire votre manuscrit ?
C’est mon épouse. Mais écrire un livre est une démarche totalement personnelle. Le premier et l’ultime relecteur, en réalité, c’est moi.

Quel est le livre dont vous êtes le plus fier ?
C’est forcément le dernier ! Sérieusement, je suis certain que c’est de très loin mon meilleur livre.

Quel autre écrivain admirez-vous ? Pourquoi ?
Je lis beaucoup et j’aime un grand nombre d’écrivains. Disons que, chez les contemporains, j’ai une admiration particulière pour Mario Vargas Llosa, dont je pense connaître l’ensemble de l’oeuvre. Pour moi, un grand livre doit procurer à la fois un choc esthétique et un choc intellectuel. C’est très exactement ce que j’ai ressenti en lisant l’Histoire de Mayta, sur le terrorisme, ou la Fête au Bouc, sur la dictature. Chez les Français, j’aime tout particulièrement Fabrice Humbert, qui est à la fois un intellectuel et un grand romancier. Il est d’ailleurs devenu l’un de mes proches amis. En ce qui concerne la Littérature classique, mes préférences vont vers le 19ème siècle, en particulier Flaubert, Zola et Balzac, chez qui je trouve une description des révolutions industrielles et commerciales d’une grande précision. Tous les économistes devraient les lire. Je voue également un véritable culte à Cervantes et Don Quichotte. C’était le roman préféré de Marx qui y voyait une description drôle et nostalgique à la fois du passage du monde féodal au monde capitaliste. Enfin, dans le domaine des essais, La révolution de l’amour, de Luc Ferry, est sans doute ce que j’ai lu de plus original et de plus profond ces dernières années.

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