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Les indécidables de Sophie Maurer : ouvrir les portes de la perception

26 avril 2013 J'aime le livre
Si l’art de bien commencer un roman devait être attribué à un auteur, nul doute que Sophie Maurer, auteure de "Les indécidables" aux éditions Seuil, coifferait au poteau bon nombre de ses prestigieux aînés endormis sur leurs lauriers et autres vanités.

indecidablesA elles seules les deux premières pages des indécidables donnent le niveau d’envoûtement à mi-chemin entre Salinger et Carson Mac Cullers de ce roman qui sprinte façon fureur de vivre après une jeunesse hurlant à la lune son dernier cri. Le cadre littéraire de cette fuite : une Amérique de cinéma accablée de motels lugubres et de routiers tombés en amour pour la littérature.

Sur une trame narrative certes un peu convenue, celle du road movie retour aux sources, mais aussi celle d’une course après ce temps échevelé où l’on partage encore ses illusions, Sophie Maurer réussit pourtant son voyage littéraire sur les routes de l’adolescence. Une adolescence aux envols les plus osés que l’on se contente d’achever à coup de renoncements pour mourir comme eux. Eux, ceux- là même qui ont renié les grands espaces et « la bête affamée, tapie là ».

Les grands espaces, voilà ce qui motive la disparition d’Ariel, le héros des indécidables plus Rimbaud que psychotique, trop à l’étroit dans son rôle de jeune de père de famille. Retrouver les grands espaces et son ami disparu, voilà ce qui motive le départ de Sacha héros bis et narrateur. Ces deux-là se croisent, s’entrecroisent, se perdent de vue, se diluent pour ne faire plus qu’un sur une asphalte made in USA faite de territoires mythiques.

Au-delà de cette recherche amicale, devenant un puits sans fond puisque le héros en question fuit plus vite que son ombre, Sophie Maurer réhabilite par le souffle de sa plume jeune et vivace cette Amérique et son peuple souvent discrédités. L’Amérique : continent qui a fait du rêve son épigraphe reprend là du galon grâce au talent de portraitiste de cette jeune auteure. Une Amérique belle et folle avec ses supermarchés boulimiques, ses filles aux yeux clairs à l’arrière des bagnoles, ses casinos jackpot d’une ruine morale et ses hommes à jamais perdus.

Un grand merci littéraire à Sophie Maurer d’avoir du style pour redonner du style à ce continent qui – quoi qu’on en dise – suscite encore ce frémissement : prendre son sac et partir.

Je conclurai sur cette phrase de Jim Morrison que ce roman m’a fait à réécouter à tue-tête : « Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d’avoir gâché l’aube. »

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