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Vacances : Découvrez la romancière Jean Rhys

15 juillet 2013 J'aime le livre
En flânerie à proximité de la cinémathèque et captivée par les arbres de ce Bercy New-Look vierge de pierres malades, je pense à la romancière britannique Jean Rhys. Aurait-elle aimé ces arbres modernes sans aspérités ? Elle qui sut si bien mettre en mots la tragédie enracinée d’une certaine Rive Gauche, de toutes les Rives gauches incertaines du monde. Et j’ai peur. Peur de l’évoquer, de déflorer sa mélancolie de dentellière agrémentée d’ombres bleues, de rues nuageuses que parcourent des filles en robes fleuries inaptes à trouver leur chemin. Egarées et singulières face à cette farce impure qu’est la vie.
1ère de couverture "Les tigres sont plus beaux à voir" Editions Gallimard l'ImaginaireAtteintes d’une cécité extralucide, les héroïnes de Jean Rhys promènent leur vague à l’âme et leur mince bagage  dans les lieux interlopes et finissent par chanceler, inévitablement, de bras en bras, de verres en verres. Incapables de discerner le mal, elles attendent leur heure, candides et droites face à une humanité qui se réclame du tigre alors qu’elle n’en a pas la stature. Que la vie sera ponctuée de désillusions pour toutes ces jeunes femmes prédestinées à un simple aller dans la gueule du fauve.

Déracinées, délicates, inadaptées, élégantes, habitées par le tourment, chanteuses ratées, comédiennes rapiécées, les muses de Jean Rhys sont des « Alice » perdues dans des pays sans merveilles, des magiciennes de la névrose. Une névrose de première classe, telle une offrande, que la foule commune se plait à avilir bien trop étroite de l’imaginaire pour en saisir la sève.

Faite d’ellipses touchantes, syncopée de poésie farouche, la langue de cette grande dame de la littérature fend le cœur de tout lecteur qui s’en approche de près. C’est un miracle de découvrir une fée. Jean Rhys en est une et la beauté aussi sauvage qu’enfantine de ses mots n’est que le prolongement d’une autre beauté : celle de son regard qui sut décrypter le monde sans le filtre malfaisant du cynisme pour rendre un ultime hommage à toutes ces marginales. A toutes ces « Blanche Dubois » inconnues, trop naïves pour vivre, cheminant telles des saintes titubantes vers la déraison. A défaut d’être guidées vers l’amour…
 
 

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