20janvier2019

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L'écrivain italien Antonio Tabucchi s’est éteint à Lisbonne le 25 mars 2012. Né à Pise en 1943, Antonio Tabucchi est l'auteur d'une vingtaine de livres (romans et récits) traduits dans le monde entier et qui ont reçu plusieurs récompenses internationales. Philologue et traducteur, il est l'un des spécialistes de Fernando Pessoa, traduisant son œuvre en italien dès les années -70 et lui consacrant plusieurs essais, dont "Une malle pleine de gens" récemment paru en Folio.

Antonio Tabucchi a été professeur à l'université de Sienne, et professeur invité au Bard College de New York et au Collège de France. Il a publié de nombreux textes dans La Nouvelle Revue française, et a collaboré au Monde, au Corriere della Sera et à El País. En 2004, il a reçu à Madrid le prix de la Liberté d'opinion pour ses interventions dans la presse européenne. Certains de ses livres ont été adaptés au théâtre et au cinéma (Nocturne indien par Alain Corneau, Le Fil de l'horizon par Fernando Lopes, Pereira prétend par Roberto Faenza et Requiem par Alain Tanner).

[...] « Évoquer » signifie rappeler à la mémoire : c'est un terme qui vient du latin ex vocare (voix), c'est-à-dire « appeler dehors », et il est bien connu que la mémoire passe à travers nos facultés sensorielles. La réalité, que nous percevons par nos sens avant qu'elle ne soit déchiffrée et élaborée par nos capacités intellectuelles et psychologiques, cette réalité peut revenir des années après grâce aux sens qui la perçurent : la vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût. Évidemment, elle ne revient pas en tant que « Principe de Réalité », pour employer un terme de psychanalyse, mais à travers notre « vécu », c'est-à-dire à travers la digestion et la transformation que notre Moi individuel en a faites : autrement dit, à travers notre mémoire individuelle. La littérature en particulier nous enseigne comment une faculté sensorielle peut être un déclencheur de mémoire et aller jusqu'à produire le point de départ d'une œuvre littéraire. Une œuvre littéraire qui, bien sûr, concerne notre vécu, mais qui ne correspond certainement pas aux caractéristiques de l'autobiographie, laquelle participe, on le sait, de l'objectivité, et est surtout fondée sur l'identité entre la personne qui apparaît sur la couverture du livre comme l'auteur (le « je » narrateur du roman) et le protagoniste. Au fond, l'œuvre littéraire qui appartient au romanesque peut dériver de l'autobiographie, mais elle est un produit complètement différent de cette dernière. En suivant les indications peut-être un peu rigides mais néanmoins fort utiles d'une certaine critique spécialisée, on peut ajouter que cette œuvre romanesque, au lieu d'établir entre le lecteur et l'auteur ce qu'on appelle un « pacte autobiographique » (dans le sens où le lecteur accepte que l'auteur est en train d'écrire une autobiographie), constitue ce qu'on appelle le « pacte romanesque ». Le lecteur sait qu'il est en train de lire quelque chose qui provient du vécu de l'auteur, mais qui est transformé en fiction, ou mieux : en roman. [...]

Antonio Tabucchi, Extrait de « Un univers dans une syllabe (Promenade autour d'un roman) », La NRF n° 550, juin 1999
Traduit de l'italien par Bernard Comment

Ouvrages traduits en français

- Femme de Porto Pim et autres histoires (Donna di Porto Pim, Sellerio, 1983), traduit de l'italien par Lise Chapuis, 1993, 128 p. (ISBN 2-267-00508-5)
- Il se fait tard, de plus en plus tard (Si sta facendo sempre più tardi. Romanzo in forma di lettere, Feltrinelli, 2001), traduit de l'italien par Lise Chapuis et Bernard Comment, 2002, 308 p. (ISBN 2-267-01587-0)
- La Tête perdue de Damasceno Monteiro (La testa perduta di Damasceno Monteiro, Feltrinelli, 1997), traduit de l'italien par Bernard Comment, 1997, 245 p. (ISBN 2-267-01405-X)
- L'Ange noir (L'angelo nero, Feltrinelli, 1991), traduit de l'italien par Lise Chapuis, 1997, 161 p. (ISBN 2-267-01092-5)
- L'Automobile, la Nostalgie et l'Infini - Lectures de Pessoa (Seuil, Paris, 1998)
- Le Fil de l'horizon (Il filo dell'orizzonte, Feltrinelli, 1986), traduit de l'italien par Christian Paoloni, 1988, 96 p. (ISBN 2-267-00555-7)
- Le Jeu de l'envers (Il gioco del rovescio e altri racconti, première édition : Il Saggiatore, 1981, puis Feltrinelli, 1988), traduit de l'italien par Lise Chapuis, 1993, 220 p. (ISBN 2-267-00550-6)
- Le Petit Navire (Il piccolo naviglio, Mondadori, 1978), traduit de l'Italien par Lise Chapuis, 1999, 252 p. (ISBN 2-267-01399-1)
- Les Oiseaux de Fra Angelico (I volatili del Beato Angelico, Sellerio, 1987), traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para, 1989, 100 p. (ISBN 2-267-00649-9)
- Nocturne indien (Notturno indiano, Sellerio, 1984), traduit de l'italien par Lise Chapuis, 1992, 128 p. (ISBN 2-267-00872-6)
- Pereira prétend (prix du Livre oublié en 2004) (Sostiene Pereira. Una testimonianza, Feltrinelli, 1994), traduit de l'italien par Bernard Comment, 1995, 218 p. (ISBN 2-267-01290-1)
- Petits malentendus sans importance (Piccoli equivoci senza importanza, Feltrinelli, 1985), traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para, 1998, 175 p. (ISBN 2-267-01047-X)
- Piazza d'Italia (Piazza d'Italia, première édition : Bompiani, 1975, puis Feltrinelli, 1993), traduit de l'italien par Lise Chapuis avec la collaboration de l'auteur, 1994, 188 p. (ISBN 2-267-01226-X)
- Récits complets, traduit de l'italien par Lise Chapuis et Martine Dejardin, 1995, 495 p. (ISBN 2-267-01311-8)
- Requiem (Requiem, Feltrinelli, 1992), traduit du portugais par Isabelle Pereira, avec la collaboration de l'auteur, 1998, 140 p. (ISBN 2-267-01140-9)
- Rêves de rêves (Sogni di sogni, Sellerio, 1992), traduit de l'italien par Bernard Comment, 1994, 161 p. (ISBN 2-267-01248-0)
- Romans 1 (Nocturne indien / le Fil de l'horizon / Requiem / Femme de Porto Pim), traduit de l'italien par Lise Chapuis et du portugais par Isabelle Pereira, 1996, 401 p. (ISBN 2-267-01379-7)
- La Gastrite de Platon traduit de l'italien et avant-propos de Bernard Comment, 1997, (ISBN 2-84205-162-9)
- Romans 2 (Piazza d'Italia / Pereira Prétend / La Tête perdue de Damasceno Monteiro), traduit de l'italien par Lise Chapuis et Bernard Comment, 1998, 569 p. (ISBN 2-267-01448-3)
- Une malle pleine de gens. Essais sur Fernando Pessoa (Un baule pieno di gente. Scritti su Fernando Pessoa, Feltrinelli, 1990), traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para, 1998, 183 p. (ISBN 2-267-01047-X)
- Tristano meurt (Tristano muore. Una vita, Feltrinelli, 2004), traduit par Bernard Comment, Gallimard, 2004.
- Le Temps vieillit vite, traduit par Bernard Comment, Gallimard, 2009, 192 p. (ISBN 978-2-07-012588-3)
- Le Mystère de la petite annonce chiffrée, nouvelle traduite par Lise Chapuis et contenue dans Hugo Pratt (préf. Michel Pierre), J'avais un rendez-vous [« Avevo un appuntamento »], Vertige Graphic, 1995, 288 p. (ISBN 2-908981-20-3)


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